Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/33

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ronflement d’avion en retard ; et tous ces bruits du soir résonnaient en moi plus encore, me faisaient mal, puisque j’avais grandi, grossi, puisque j’étais plus près d’eux d’un centimètre, j’étouffais dans cette gaine trop étroite ; et jusqu’au pas, jusqu’aux murmures des balayeurs soudanais dans l’escalier étaient pour moi un souvenir aigu, tant le son de cette ville était resté le même !

On frappa. La porte était un simple battant sans serrure. Par en haut, nous apercevions les cheveux, par en bas les pieds des passants. — Voici le docteur, voici l’économe, disait mon voisin en voyant les souliers. Il reconnaissait aussi les nations. Parfois ces pieds venaient de face, c’est qu’on allait entrer. Seule l’infirmière qui apportait le dîner entrait à reculons, à cause du plateau, appuyant du dos contre la porte.

— Voici un Américain, dit mon voisin.

Un Américain, en effet, venait à mon lit.