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était calme, et, de tant de téléphones, de tant de radios, un seul prévoyait pour la nuit du travail : une reconnaissance commandée par le lieutenant Michel… Ainsi, nous savions le nom du seul officier qui fût en guerre aujourd’hui… Ainsi, seul, de tant d’armées, Michel avait aujourd’hui avancé son dîner, renoncé à sa manille ; lui seul, assoiffé de vengeance, d’une main qui jamais ne caresserait plus, ouvrait l’étui de son revolver, mettait la crosse à nu, la caressait ; lui seul, une minute avant le coucher du soleil, impatient de son dernier jour, fermait les yeux une minute pour n’avoir désormais à regarder que dans la nuit ; lui seul, Michel, auquel son colonel enfin a parlé doucement et comme si ce nom était un prénom, voit sa montre arrêtée, frémit, hâtivement la remonte, à mesure reprenant courage ; on lui remet un petit dictionnaire de poche, on lui apprend trois, quatre mots allemands comme à ceux qui jadis allaient vraiment en Allemagne ; lui seul, toute la nuit, va se