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rents s’effleurer, les inconnus se prendre les mains et n’être inconnus qu’à un mètre ! Guerre, tu es finie !

Ce que je suis maintenant ? Ce que je fais ?

C’est dimanche. Il est midi. L’air est tout bourdonnant d’aéroplanes qui travaillent comme des batteuses. Le printemps, d’une heureuse, bienheureuse pente, nous déverse à l’été. La lune tourne vers nous son côté argent, le soleil son côté or ; la France — et chaque Français — fait face à tout ce qui brille, comme un jeune taureau. C’est aujourd’hui que les Allemands nous cèdent leurs câbles, nous donnent surveillance sur leurs avions ; de grands chemins s’ouvrent pour nous dans l’air et sous les eaux. Le soleil flamboie. Chaque écrivain, au bout d’un rayon, ne pose sur sa page que des mots dorés. Chacun au bout d’un rayon, les Parisiens, dans le Luxembourg, effleurent les pelouses de pieds victorieux, donnent à travers les grilles du Jardin des Plantes,