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trait tous assis en ligne devant nos sacs comme devant des pupitres, occupés à des jeux d’écoliers en classe ; et si l’on bavardait, l’officier claquait de la langue, comme un pion ! Et la fin de la nuit, quand nous nous retrouvions étendus au pied du jour comme des traîtres fusillés, remuant encore, geignant ; et l’adjudant-sommeil passait, nous tirait en pleine tempe, nous achevait !


La guerre est finie. Voici que je ne m’endormirai plus sur l’épaule d’un bourrelier, sur le cœur d’un menuisier ; mes jambes ne se prendront plus le soir — qu’il était ardu de les démêler seules le matin — dans les jambes d’un charretier, d’un plongeur. La tête de Chinard, le sabotier, ne retombera pas toute la nuit sur mes genoux, durement, comme une coque tombée d’un arbre et je n’aurai plus à la reposer près de moi, doucement, en y mettant les deux mains. Mon tambour le jardinier ne ronflera plus à mon oreille, et je ne taperai plus, pour