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tèrent sans manteau sur la terrasse, tous les faux couples se désunirent, les vrais couples se reformèrent, comme dans le paquebot qui heurte une banquise ; les maris couvraient leurs femmes de leur pardessus et les lançaient dans la nuit avec ces ceintures de sauvetage ; des groupes faits par le hasard devenaient immuables comme dans un canot et partaient compacts vers les hôtels. Naufrage sans enfants… Je dis adieu à l’inconnue qui était dans mes bras, toute couleur de grenadine, à la seconde où éclata la guerre. À pied, à travers la campagne, je partis vers la petite ville où étaient mes parents. La lune étincelait. Une eau pure s’amassait dans les écluses. La terre était unie et miroitait comme un tableau sous une vitre. Jolie besogne, pour un messager de la guerre, de traverser une Auvergne nocturne ! Tous les oiseaux de nuit volaient pour cette dernière nuit. À la hauteur des maisons, j’entendais le tic-tac des horloges… De grandes hordes de chevaux s’assemblaient