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sant enfin, moi les moindres meubles et toi les moindres pensées. Tout ce qu’au lycée j’avais dû inventer moi-même était là, les palais d’archevêque à coupoles roses et leurs jardins en trompe-l’œil, les nymphes aux seins gonflés par les couches annuelles de plâtre, les maïs comblant les vallons, l’énorme fleuve bu par le reflux, pourpre entre ses digues de porcelaine et ses eucalyptus, le bosquet de bananiers et de cyprès avec ses allégories en faïence : Poésie nourrissant son oie. Rhétorique faussement accueillante, les bras ouverts mais les jambes croisées ; et l’autre avec des animaux de marbre auxquels le Temps, enfermé là une minute, avait infligé tout ce que subirent de lui les statues de Vénus ou de Niobé, le chien traversé par les flèches et sans tête, le singe sans ses bras, et du rhinocéros le torse seul. Entre les oliviers et les palmes, pour tromper je ne sais quel corsaire, des artilleurs peignaient en bleu le phare qui hier était rouge ; et, on le reconnaissait au