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nute à vivre. Votre montre est devant vous, avec son cadran à secondes. Une minute moins cinq secondes et il va mourir. Il a dans sa poche le flacon d’héliotrope, qu’il va écraser en tombant. Avant qu’il soit mort vous n’avez même plus le temps maintenant de tracer cette courte phrase qui lui servait de devise, qu’il écrivait avant chaque poème, au sujet des peupliers. Trente secondes. Si c’est un obus, on charge le canon. Si c’est une balle, le soldat allemand tapote son chargeur, le glisse. Quinze secondes. Oublions qu’il va mourir. Ne parlons plus de la mort de Seeger. Seeger lève la tête. Le ciel est tout bleu. Un peuplier, oui, un peuplier se dresse à l’horizon. Seeger gravit doucement la marche de tir. Un oiseau, oui, un…


Ainsi ont passé mes trois jours de repos, et aujourd’hui il est midi. Je pense à vous qui d’Europe m’écrivez chaque semaine une lettre d’humeur inconstante, dont le papier même chaque fois est d’une autre couleur, et