Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/164

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


être mort maintenant… J’ai dû repasser près de lui, pour sortir; il m’a craché au visage… On voit encore la lune… J’adore ainsi, au réveil, penser… Mais comme les pensées sont illogiques, le malin… Je pense à la fois que rien ne m’est plus égal, et que rien ne m’ennuierait plus que la mort !… Je pense au seul soldat de plomb que j’ai jamais eu, cadeau du fils de notaire… Je jouais avec lui seul des journées entières… Tantôt il était mon égal, tantôt mon chef… Tout soldat me le rappelle… J’aimerais l’avoir, ce matin. Voilà que je renverse ma gamelle ; il n’y a que moi pour faire autant de bruit en pensant !

— On ne se voit guère que de profil à la guerre, pense Drigeârd, mais chaque fois que je vois un visage français de face, il me semble qu’on me paie avec une monnaie étincelante… Sept ans que j’habitais l’Allemagne, j’en suis revenu si vite voilà six semaines que je sens encore là- bas, au milieu des Allemands, ma forme vivre…