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— Celui que je plains, pense Ségaux, c’est le dernier tué de la guerre… Je resterai plutôt, une fois signé l’armistice, étendu deux jours au fond de la tranchée…

— Comme tout devient logique, tendre, pense Drigeard, si on le compare à une pensée. Voici deux nuages qui se choquent, qui se confondent, comme justement deux pensées… Voici un arbre qui s’évente, qui remue en lui des oiseaux, comme une pensée… Voici une ombre qui se redresse, qui s’appuie contre un mur… Malgré soi l’on songe à une pensée qui se lève, qui s’accoude…

— Tout serait parfait, pense Ségaux, sans les renforts et sans Gustou qui a cassé son dernier lorgnon. Il est quatre heures. Les six montres que des blessés m’ont données disent quatre heures… Il va falloir que je me mette en quête d’un bon fusil… ou que je retourne chercher le mien à Fontenoy… L’officier qui m’avait manqué dans le moulin et que j’ai cloué sur la porte doit