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balles font sur elle un gémissement cristallin, aigu, comme si d’un doigt mouillé et paresseux on caressait ses bords… On voit un soldat assis près de nous, son fusil entre ses jambes, mais ramené contre lui cette fois, la vrille est conjurée, il est vivant… Nous avançons, nous dépassons le château : les hommes le défendent avec des gestes un peu plus lents, un peu. plus nobles qu’on ne défend une cabane… Nous dépassons les lignes, nous sommes devant la nuit… Il n’y a plus que des escouades déployées, mélange avec les nôtres de zouaves, d’alpins, de Soudanais ; nos morts sont seulement devenus des inconnus… Devant la nuit même ;… il n’y a plus qu’une tranchée individuelle où un petit fantassin est agenouillé, les yeux vifs et attentifs, tout seul au pied de la nuit, comme un souffleur.

Voici la dernière heure de la vie, de la journée… Il pleut… Des ombres se glissent sans permission vers des villages pleins de