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des braconniers d’eau, le premier des siffleurs, comme si l’orgueil dans chacun avait été tué ce matin.

Parfois tout est comique. Comme dans les vraies comédies, parce que les gens ont des passions ou répètent sans cesse le même mot. Parce que le plus avare a perdu son porte-monnaie. Parce que le plus vaniteux, l’adjudant qu’on surnomme Gustou, porte sans le savoir suspendue à son dos une pancarte qui dit qu’il est Gustou, et nous forçons un prisonnier à l’appeler ainsi… Parce que le plus buveur a un bidon percé, et passe son temps à tailler deux bouchons, l’un pour le haut, l’autre pour le bas. Parce que le capitaine se retourne sur son cheval en disant, comme toujours, sans y penser : Où sommes-nous ? Parce qu’il s’approche pour le féliciter de Lucis, le vieil engagé qui s’obstine à suivre malgré un pied écrasé : « J’ai vu votre pied à la visite, lui dit-il, donnez-moi votre main. »

Soudain tout est tragique. Il fait beau,