Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/144

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


où chaque sentiment m’atteint à la vitesse de la lumière, un tout petit peu plus vite, où chaque rayon cloue sur moi les visages, les mots, les pensées oubliées ou les plus lointaines que pousse ce matin une main inlassable — et voilà, tout le monde s’y met, que le facteur jaloux glisse une lettre du Tonkin sous le rayon près de ma porte !

Il y a aujourd’hui quatre ans. Parfois il ne pleuvait pas. Nous avancions, déployés en ligne. Nous étions heureux.

Soudain, il pleuvait. Nous étions malheureux.

Parfois tout était dans l’escouade dévouement, concorde. Une allumette ? L’allumette arrivait aussitôt, de quarante mètres, d’un soldat inconnu qui exigeait seulement de la faire flamber lui-même, toute vacillante, par dix mains, et c’est à des doigts roussis qu’on allumait sa pipe. Ma capote, je voulais la recoudre ? les mêmes doigts me passaient