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fondues. Les œillets vivants laissent tomber leur pistil, les vraies roses perdent une feuille, les vrais chrysanthèmes replient un pétale. Alors s’apaise le bruit des eaux, car il gèle ; le bruit des pas, car il neige. Un train, le train qui comme le poids d’une horloge monte chaque journée de Mulhouse à Saverne, siffle, redescend… Phalsbourg, Saverne, d’où partirent André et Julien pour leur tour de France, premiers guides de tous les écoliers français, comme tout à nouveau en France paraît simple et logique, si on le revoit de Phalsbourg, de Saverne ! Me voici remis dans le réseau de nos routes, de nos rivières, de nos villes, au point exact où j’y entrai enfant. De quelle vitesse sûre, comme un pigeon ramené à son départ, je vole vers la moindre ville, le moindre grand homme ! Je vois soudain tous les canaux qui mènent de Saverne à Nantes ; (on y va par Épinal où le canal effleure des salines, par Biarritz, où il effleure la mer même, canal d’eau douce si souvent