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NIOBÉ


 
Crois-tu que la pitié des Immortels me touche ?
Dans le champ désolé des douleurs, de mes dents
J’ai trop longtemps sarclé la ronce et les chiendents ;
Les sanglots aujourd’hui ne crispent plus ma bouche.

Ne me plains pas. Je suis la chienne qui se couche
Sur les tombes ; les morts sont mes seuls confidents,
Et, dans la lourde nuit qui clôt mes yeux ardents,
J’étreins le désespoir, taciturne et farouche.

Je goûte le sommeil et le repos sans fin.
Mon esprit est muet, et mes larmes enfin
Ont dissous les caillots qui gonflaient ma paupière.

J’ai recouvert mon front de ma robe en lambeaux,
Car mon cœur maternel est désormais de pierre.
Va ! passe ton chemin, je couve des tombeaux.