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Page:Gide - Nouveaux Prétextes.djvu/162

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154 NOUVEAUX PRÉTEXTES ■ — Certains, qui ne l’ont pas compris, peuvent êtro . choques d’autant plus par une emphase subite et | rare ; nous la louerons au contraire pour ceci : elle j n’est pas sincère — et c’est ce qui permet au reste i de l’être si profondément. ! « Le premier, dit excellemment Laforgue, il se ^ raconta sur un mode modéré de confessionnal et ne prit pas l’air inspiré. » Et c’est pourquoi sans doute, à peu près seul de son époque, Baudelaire mérite de n’être point touché par ce vent de dé- faveur qui souffle aujourd’hui contre le roman- tisme. C’est aussi par là qu’il s’apparente assez étroitement à Racine ; le choix des mots chez bau- delaire peut être plus inquiet et de prétention plue subtile : je dis que le ton de la voix est le même ; au lieu de donner à leur souffle, à la ma- nière de Corneille ou de Hugo, le plus de sono- rité possible, l’un et l’autre parlent à mi-voix ; ie sorte que nous les écoutons longuement. « C’est par les Fleurs du Mal, peut-être, que nous reviendrons à la grande tradition classique, appropriée sans doute à l’esprit moderne, mais dédaigneuse des viles couleurs éclatantes et de toutes les sauvageries plastiques, convaincue que l’intellectuel s’honore d’être discret, et rêvant d’exprimer en termes clairs et nuancés des cho- ses obscures et toutes les subtilités intimes >,écri-