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ISABELLE

— Je ne suppose pourtant pas qu’on vous l’ait donnée à lire.

— Cette lettre est tombée dans mes mains par hasard ; l’enveloppe, vieille, sale, à demi déchirée, ne portait aucune trace d’écriture ; en l’ouvrant j’ai vu une lettre de Mademoiselle de Saint-Auréol ; mais adressée à qui ?… Allons ! Monsieur l’abbé, secondez-moi : qui était, il y a quatorze ans, l’amant de Mademoiselle de Saint-Auréol ?

L’abbé s’était levé ; il commença de marcher à petits pas de long en large, la tête basse, les mains croisées dans le dos ; repassant derrière ma chaise, il s’arrêta ; et brusquement je sentis ses mains s’abattre sur mes épaules :

— Montrez-moi cette lettre.

— Parlerez-vous ?

Je sentis frémir d’impatience son étreinte.

— Ah ! pas de conditions, je vous en prie ! Montrez-moi cette lettre… simplement.

— Laissez que j’aille la chercher, dis-je en essayant de me dégager.