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Page:Gide - De l’influence en littérature.djvu/33

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je ne pourrai rien tirer. — Vous devriez la prendre : il me semble, tel que je vous connais, que vous en feriez quelque chose. » — Quelque chose — en effet — Gogol n’en fit rien moins que les Âmes mortes, à quoi il dut sa gloire, de ce petit sujet, de ce germe que Pouchkine un jour posait dans son esprit.


Il faut aller plus loin et dire : les grandes époques de création artistique, les époques fécondes, ont été les époques les plus profondément influencées. — Telle la période d’Auguste, par les lettres grecques ; la renaissance anglaise, italienne, française par l’invasion de l’antiquité, etc.

La contemplation de ces grandes époques où, par suite de conjonctures heureuses, grandit, s’épanouit, éclate, tout ce qui, depuis longtemps semé, germinait et restait dans l’attente — peut nous emplir aujourd’hui de regrets et de tristesse. À notre époque, que j’admire et que j’aime, il est bon je crois de chercher d’où vient cette régnante anarchie, qui peut nous exalter un instant en nous faisant prendre la fièvre qu’elle nous donne, pour une surabondance de vie ; — il est utile de comprendre que ce qui fait, dans sa plantureuse diversité l’unité malgré tout d’une grande époque, c’est que tous les esprits qui la composent se viennent abreuver aux mêmes eaux…

Aujourd’hui nous ne savons plus à quelle