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Page:Gide - De l’influence en littérature.djvu/29

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de rayons — que tout le reste autour en paraît sombre. Le contraire de cela, n’est-ce pas le dilettante, qui, lui, comprend tout, précisément parce qu’il n’aime rien passionnément, c’est-à-dire exclusivement.


Mais combien celui qui, sans avoir une personnalité fatale, toute d’ombre et d’éblouissement, tâche de se créer une personnalité restreinte et combinée, en se privant de certaines influences — en se mettant l’esprit au régime comme un malade dont l’estomac débile ne saurait supporter qu’un choix de nourritures peu variées (mais qu’alors il digère si bien !) — combien celui-là me fait aimer le dilettante, qui ne pouvant être producteur et parler — prend le charmant parti d’être attentif et se fait une carrière vraiment de savoir admirablement écouter. (On manque d’écouteurs aujourd’hui, de même que l’on manque d’écoles — c’est un des résultats de ce besoin d’originalité à tout prix.)


La peur de ressembler à tous fait dès lors chercher à celui-ci quels traits bizarres, uniques, (incompréhensibles souvent par là même), il peut bien montrer — qui lui apparaissent aussitôt d’une principale importance, qu’il croit devoir exagérer, fut-ce aux dépens de tout le reste. J’en sais un qui ne veut pas lire Ibsen parce que, dit-il, « il a peur de le trop