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Page:Gide - De l’influence en littérature.djvu/23

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par là sinon qu’on a beau sortir de leur ombre, on ne se retrouve plus tel qu’avant.


J’ai lu ce livre : et après l’avoir lu je l’ai fermé ; je l’ai remis sur ce rayon de ma bibliothèque, — mais dans ce livre il y avait telle parole que je ne peux pas oublier. Elle est descendue en moi si avant, que je ne la distingue plus de moi-même. Désormais je ne suis plus comme si je ne l’avais pas connue. — Que j’oublie le livre où j’ai lu cette parole ; que j’oublie même que je l’ai lue ; ne me souvienne d’elle-même, que d’une manière imparfaite — n’importe ! — Je ne peux plus redevenir celui que j’étais avant de l’avoir lue : — Comment expliquer sa puissance ?

Sa puissance vient de ceci qu’elle n’a fait que me révéler quelque partie de moi inconnue à moi-même ; elle n’a été pour moi qu’une explication — oui, qu’une explication de moi-même. On l’a dit déjà : les influences agissent par ressemblance. On les a comparées à des sortes de miroirs qui nous montreraient, non point ce que nous sommes déjà effectivement, mais ce que nous sommes d’une façon latente. « Ce frère intérieur que tu n’es pas encore » disait Henri de Régnier. — Je les comparerai plus précisément à ce prince d’une pièce de Maeterlinck, qui vient réveiller des princesses. Combien de sommeillantes princesses nous portons en nous,