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nous sentons qu’une volonté, c’est-à-dire un seul principe d’action, est essentiel à un être raisonnable et ayant le sentiment de son existence. Lorsque Héraclius revint de la guerre de Perse, ce héros orthodoxe demanda aux évêques si le Christ qu’il adorait en une seule personne, mais en deux natures, était mu par une seule volonté ou par une volonté double. Ils répondirent qu’une seule volonté animait le Christ, et l’empereur espéra que cette doctrine, certainement sans inconvéniens, et qui paraissait être la vraie, puisqu’elle était enseignée par les nestoriens eux-mêmes[1], ramènerait les jacobites de l’Égypte et de la Syrie. On l’essaya, mais en vain ; et soit zèle, soit crainte, les catholiques ne crurent pas pouvoir se permettre, même en apparence, de reculer devant un ennemi subtil et audacieux. Les Orthodoxes, alors dominans, inventèrent de nouvelles formules, de nouveaux argumens et de nouvelles interprétations : ils supposèrent à chacune des

  1. La Croze (Christian. des Indes, t. I, p. 19, 20) a remarqué cette doctrine extraordinaire et peut-être inconséquente des nestoriens ; elle est exposée plus en détail par Abulpharage (Bibliot. orient., t. II, p. 292 ; Hist. dynast., p. 91, vers. lat., Pococke), et par Asseman. lui-même (t. IV, p. 218) ; ils semblent ignorer qu’ils pouvaient alléguer l’autorité positive de l’Ecthèse. Ο μιαρος Νεςοριος καιπερ διαιρων την θειαν το‍υ Κνριο‍υ ενανθρωπησιν, και δυο εισαγων υιο‍υς (le reproche ordinaire des monophysites), δυο θεληματα τουτων ειπειν ο‍υκ ετολμησε, το‍υναντιον δε ταυτο βο‍υλιαν των… δυο προσωπων εδοξασε (Concil., t. VII, p. 205).