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Palestine[1] formaient une race bâtarde, une secte équivoque ; les païens les traitaient de Juifs, les Juifs de schismatiques, et les chrétiens d’idolâtres. Ce qu’ils regardaient comme une abomination, la croix était déjà établie sur la sainte montagne de Garizim[2] ; mais la persécution de Justinien ne leur laissa que l’alternative du baptême ou de la rebellion ; ils choisirent le dernier parti : ils se montrèrent en armes sous les drapeaux d’un chef désespéré ; et le sang d’un peuple sans défense, ses biens, ses temples, payèrent les maux qu’on leur avait fait souffrir. Les troupes de l’Orient les subjuguèrent à la fin : il y en eut vingt mille de massacrés ; vingt mille autres furent vendus par les Arabes aux infidèles de la Perse et de l’Inde, et les restes de cette malheureuse nation expièrent le crime de rebellion par le péché d’hypocrisie. On a calculé que la guerre des samaritains coûta la vie à cent mille sujets de l’empire[3], et

  1. Voy. sur la religion et l’histoire des Samaritains, l’Histoire des Juifs par Basnage, ouvrage savant et impartial.
  2. Sichem, Neapolis, Naplous, qui est la résidence ancienne et moderne des Samaritains, se trouve dans une vallée, entre le stérile Ebal, le mont des Malédictions au nord, et le fertile Garizim, ou le mont des Malédictions au sud, à dix ou onze heures de chemin de Jérusalem. Voyez Maundrell (Journey from Aleppo, etc., p. 59-63.)
  3. Procope (Anecd., c. 11 ; Théophane, Chron., p. 152 ; Jean Malala, t. II, p. 62). Je me souviens d’avoir lu cette observation, moitié philosophique, moitié superstitieuse, que la province dévastée par le fanatisme de Justinien, fut celle par où les musulmans pénétrèrent dans l’empire.