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la Lydie et la Carie. On bâtit quatre-vingt-seize églises pour les néophytes ; et la pieuse munificence de Justinien fournit le linge, les bibles, les liturgies et les vases d’or et d’argent[1]. [Des Juifs.]Les Juifs qu’on avait dépouillés peu à peu de leurs immunités, furent assujettis à une loi tyrannique qui les forçait à célébrer la Pâque le même jour que les chrétiens[2]. Ils durent se plaindre avec d’autant plus de raison, que les catholiques eux-mêmes n’étaient pas d’accord sur les calculs astronomiques du souverain. Les habitans de Constantinople ne commençaient le carême qu’une semaine entière après l’époque fixée par l’empereur, et ils avaient ensuite le plaisir de jeûner sept jours, durant lesquels, par l’ordre de l’empereur, les marchés étaient remplis de viande. Les samaritains de la

  1. Théophane, Chroniq., p. 153. Jean le monophysite, évêque d’Asie, fournit un des témoignages les plus authentiques qu’on puisse avoir sur cette opération, où il fut employé par l’empereur. (Asseman., Bibl. orient., t. II, p. 85.)
  2. Comparez Procope (Hist. Arcan., c. 28, et les Notes d’Aleman.) avec Théophane (Chron., p. 190). Le concile de Nicée avait chargé le patriarche, ou plutôt les astronomes d’Alexandrie, de la proclamation annuelle de la Pâque ; et nous lisons encore aujourd’hui, ou plutôt nous ne lisons pas, les Épîtres paschales de saint Cyrille, dont il nous est demeuré un assez grand nombre. Depuis le règne du monophysisme en Égypte, les catholiques se trouvèrent embarrassés par un préjugé aussi peu raisonnable que celui qui, parmi les protestans, s’est si long-temps opposé à la réception du style grégorien.