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religieuses sont le fruit de l’arrogance et de la sottise ; que la véritable piété se montre par le silence et la soumission d’une manière plus digne d’éloges ; que l’homme, qui ignore sa propre nature, ne doit point avoir l’audace de scruter la nature de son Dieu, et qu’il nous suffit de savoir que la bonté, ainsi que la puissance, sont les attributs de la Divinité[1]. »

Ses persécutions.

La tolérance n’était pas la vertu de ce siècle, et l’indulgence envers des rebelles n’a guère été la vertu des princes ; mais lorsqu’un souverain s’abaisse jusqu’à adopter les vues étroites et les passions irascibles d’un théologien polémique, il est aisément conduit à suppléer par son autorité au défaut de ses argumens, et à châtier sans pitié l’aveuglement pervers de ceux qui ferment les yeux à la lumière de ses démonstrations. Le règne de Justinien présente une scène uniforme, quoique variée de persécution, et, sur cet objet, il semble avoir surpassé ses indolens prédécesseurs, soit dans l’invention des lois pénales, soit dans la sévérité de leur exécution. Il n’accorda que trois mois pour la conversion ou le bannissement de tous les hérétiques[2] ; [Contre les hérétiques.]et s’il ferma constamment

  1. Procope, qui expose ces sentimens sages et modérés (De bell. goth., l. I, c. 3), est traité pour cela avec bien de la dureté dans la Préface d’Alemannus, qui le met au rang des chrétiens politiques ; sed longe verius hæresium omnium sentinas, prorsusque atheos : athées abominables, qui recommandaient d’imiter la bonté de Dieu envers les hommes (ad Hist. Arcan., c. 13).
  2. Cette alternative, intéressante à connaître, a été con-