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aux intérêts temporels et spirituels de l’Église fut l’occupation sérieuse de sa vie, et il sacrifia souvent les devoirs de père de son pays à ceux de défenseur de la foi. Les controverses de son temps se trouvaient analogues à son caractère et à son esprit, et les professeurs de théologie devaient se rire en secret d’un prince qui faisait leur métier et négligeait le sien, « Qu’avez-vous à craindre d’un tyran asservi aux soins de la dévotion ? disait à ses associés un hardi conspirateur ; il passe les nuits entières désarmé dans son cabinet à y discuter avec de vénérables barbes grises, et à compulser les pages des volumes ecclésiastiques[1]. » Il exposa les fruits de ses veilles dans plusieurs conférences, où il brilla également par la force de ses poumons et la subtilité de ses argumens, et dans plusieurs sermons qui, sous le nom d’édits et d’épîtres, annonçaient à l’empire la théologie du maître. Tandis que les Barbares envahissaient les provinces, ou tandis que les légions victorieuses marchaient sous les drapeaux de Bélisaire et de Narsès, le successeur de Trajan, inconnu à ses troupes, se contentait de vaincre à la tête d’un synode. S’il eût invité à ces synodes un homme raisonnable et désintéressé, il aurait pu apprendre « que les controverses

  1. Ός δε καθηται αφυλακτος ες αει επι λεσχης τινος αωρι νυκτων ομο‍υ τοις των ιερεων γερο‍υσιν ασχετον ανακυκλειν τα Χριςιανων λογια σπο‍υδην εχων. (Procope, De bell. gothic., l. III, c. 32.) L’auteur de la Vie de saint Eutychius (apud Aleman., ad Procop., Arcan, c. 18) donne le même caractère à Justinien, mais avec l’intention de le louer.