Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/77

Cette page a été validée par deux contributeurs.


était dépourvu de tout principe raisonnable de liberté ; mais la couleur d’une livrée dans les courses et la nuance d’un mystère dans les écoles, lui paraissaient une cause légitime de rebellion. Le Trisagion, avec l’addition ou sans l’addition dont nous venons de parler, fut chanté dans la cathédrale par deux chœurs ennemis, et après avoir épuisé la force de leurs poumons, ils recoururent aux pierres et aux bâtons, argumens plus solides ; l’empereur punit les agresseurs ; le patriarche le défendit, et cette importante querelle ébranla la couronne et la mitre. Les rues furent en un instant remplies d’une troupe innombrable d’hommes, de femmes et d’enfans. Des légions de moines rangés en ordre de bataille les dirigeaient au combat en criant : « Chrétiens, c’est le jour du martyre, n’abandonnons pas notre père spirituel ; anathème au tyran manichéen ! il est indigne de régner. » Tels étaient les cris des catholiques. Les galères d’Anastase reposaient sur leurs rames devant le palais et prêtes à marcher : le patriarche pardonna enfin à son pénitent et calma les flots d’une multitude irritée. Macédonius ne jouit pas long-temps de son triomphe, car il fut exilé peu de jours après ; mais le zèle de son troupeau se renflamma bientôt sur cette même question : « si une personne de la Trinité avait expiré sur la croix. » Cette importante affaire suspendit la discorde à Constantinople entre la friction des Bleus et celle des Verts, et leurs forces réunies paralysèrent l’action de la puissance civile et de la puissance militaire. Les clefs de la ville et les