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l’usage de la parole et de la raison ; ils aboyaient comme des chiens, et de leurs propres dents se déchiraient les mains et les bras[1]. »

L’Hénoticon de Zénon. A. D. 482.

Trente années de désordres produisirent à la fin le célèbre HÉNOTICON[2] de l’empereur Zénon, formulaire qui, sous le règne de Zénon et celui d’Anastase, fut signé par tous les évêques de l’Orient, menacés de la dégradation et de l’exil s’ils rejetaient ou s’ils violaient cette loi fondamentale. Le clergé peut sourire ou gémir de la présomption d’un laïque qui ose déterminer des articles de foi ; mais si le magistrat séculier daigne s’abaisser à ce soin humiliant pour un souverain, du moins son esprit est-il moins égaré par le préjugé ou par des vues d’intérêt, et l’autorité qu’il exerce à cet égard n’a de soutien que dans le consentement du peuple. C’est dans l’Histoire ecclésiastique que Zénon paraît le moins méprisable, et je ne puis apercevoir aucun venin de l’hérésie manichéenne ou eutychienne dans les généreuses paroles d’Anastase, qui regardait

  1. Voyez la Chronique de Victor Tunnunensis dans les Lectiones antiquæ de Canisius, réimprimées par Basnage, t. I, p. 326.
  2. L’Hénoticon a été transcrit par Evagrius (l. III, c. 13) et traduit par Liberatus (Brev., c. 18). Pagi (Critica, t. II, p. 411) et Asseman. (Bibl. orient., l. I, p. 343) n’y voyaient aucune hérésie ; mais Pétau (Dogm. théolog., t. V, l. I, c. 13, p. 40) s’est permis une assertion bien étrange, en disant, Chalcedonensem ascivit ; un de ses ennemis pourrait l’accuser de n’avoir jamais lu l’Hénoticon.