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dans leurs opinions, souscrivirent le symbole et même les anathèmes de saint Cyrille, et l’hérésie des deux natures fut condamnée d’une manière formelle dans la personne et les écrits des hommes les plus éclairés de l’Orient. « Puissent ceux qui divisent Jésus-Christ être divisés par le glaive ! puisse-t-on les mettre en pièces et les brûler vifs ! » Tel fut le vœu charitable d’un concile chrétien[1]. On reconnut sans hésiter l’innocence et la sainteté d’Eutychès ; mais les prélats, et surtout ceux de la Thrace et de l’Asie, ne voulaient pas déposer leur patriarche sur ce motif, qu’il aurait usé ou même abusé de sa juridiction légitime. Ils embrassèrent les genoux de Dioscore au moment où il se tenait, avec l’air de la menace, sur les degrés de son trône, et ils le conjurèrent de pardonner à son frère et de respecter sa dignité. « Voulez-vous exciter une sédition ? leur répondit l’impitoyable prêtre. Où sont les officiers ? » À ces mots, une troupe furieuse de moines et de soldats armés de bâtons, d’épées et de chaînes, se précipita dans l’église : les évêques, remplis d’effroi, se cachèrent derrière l’autel ou sous les bancs, et comme ils n’avaient pas le zèle du mar-

  1. Η αγια συνοδος ειπεν, αρον, καυσον Ευσεβιον, ο‍υτος ζων καη, ο‍υτος εις δυο γενηται, ω εμερισε μερισθη… ει τις λεγει δυο αναθεμα. Sur la demande de Dioscore, ceux qui ne purent pousser des cris (βοησαι) étendirent les mains. Au concile de Chalcédoine les Orientaux s’élevèrent contre ces exclamations ; mais les Égyptiens déclarèrent d’une manière plus conséquente, ταυτα και τοτε ειπομεν και νυν λεγομεν (Concil., t. IV, p. 1012).