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superstition et l’avarice étaient leurs passions dominantes, et les chefs orthodoxes avaient soin d’alarmer l’une et de satisfaire l’autre. Constantinople et les faubourgs étaient sanctifiés par de nombreux monastères ; et les pieux abbés Dalmatius et Eutychès[1] s’étaient dévoués avec un zèle inébranlable à la cause de saint Cyrille, au culte de la Vierge et à l’unité du Christ. Depuis qu’ils avaient embrassé la vie monastique, on ne les avait pas revus dans le monde et sur le terrain profane de la capitale. Mais, dans ce moment terrible du danger de l’Église, un devoir plus sublime et plus indispensable leur fit oublier leur vœu. Ils sortirent de leur couvent, et se rendirent au palais à la tête d’une longue file de moines et d’ermites, qui tenaient à la main des flambeaux allumés, et qui chantaient les litanies de la mère de Dieu. Ce spectacle extraordinaire édifia et échauffa le peuple ; et le monarque effrayé écouta les prières et les supplications de ces saints personnages, qui déclarèrent hautement qu’il n’y avait point d’espoir de salut pour ceux qui ne s’attacheraient point à la personne et au symbole du successeur orthodoxe de saint Athanase. En même temps on répandit l’or dans toutes les avenues du trône. Sous les noms décens

  1. Saint Cyrille donne à Eutychès, à l’hérésiarque Eutychès, les noms honorables de son ami, de saint, de zélé défenseur de la foi. Son frère Dalmatius est également employé à circonvenir l’empereur et tous ceux qui servaient près de sa personne, terribili conjuratione. Synodic. (c. 203, in Concil., t. IV, p. 467.)