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L’armée avec laquelle il passa les Alpes n’était composée que de trois cents cavaliers. Il fut couronné dans la cathédrale de Saint-Ambroise, avec la couronne de fer que la tradition attribuait à la monarchie des Lombards ; mais on ne lui permit qu’une suite peu nombreuse ; les portes de la ville se fermèrent sur lui, et les armes des Visconti retinrent en captivité le roi d’Italie, qui fut obligé de les confirmer dans la possession de Milan. Il fut couronné une seconde fois au Vatican, avec la couronne d’or de l’empire ; mais, pour se conformer à un article d’un traité secret, l’empereur romain se retira sans passer une seule nuit dans l’enceinte de Rome. L’éloquent Pétrarque[1], qui, entraîné par son imagination, voyait déjà recommencer la gloire du Capitole, déplore et accuse la fuite ignominieuse du prince bohémien ; et les auteurs contemporains observent que la vente lucrative des priviléges et des titres fut le seul acte d’autorité que fit l’empereur dans son passage. L’or de l’Italie assura l’élection de son fils ; mais telle était la honteuse pauvreté de cet empereur romain, qu’un boucher l’arrêta dans les rues

  1. Outre les détails que donnent sur l’expédition de Charles IV les historiens d’Allemagne et d’Italie, elle se trouve peinte d’une manière très-animée et très-exacte dans les Mémoires sur la vie de Pétrarque, t. V, p. 376-430, par l’abbé de Sade ; ouvrage curieux, et dont aucun lecteur réunissant le goût et l’esprit de recherches, ne songera à blâmer la prolixité.