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l’empereur, soit de bonne volonté, soit par une suite de la nécessité où il se trouvait, et cette confirmation devint le prix d’une voix douteuse ou d’un service volontaire : ce qu’il avait accordé a l’un, il ne pouvait sans injustice le refuser au successeur ou à l’égal de celui-ci ; de ces différens actes de domination passagère ou locale s’est formée insensiblement la constitution du corps germanique. Le duc ou le comte de chaque province était le chef visible placé entre le trône et la noblesse ; les sujets de la loi devenaient les vassaux d’un chef particulier, qui souvent arborait contre son souverain l’étendard qu’il avait reçu de lui. La puissance temporelle du clergé fut favorisée et augmentée par la superstition ou les vues politiques des dynasties carlovingienne et saxonne, qui comptaient aveuglément sur sa modération et sa fidélité : les évêchés d’Allemagne acquirent l’étendue et les priviléges des plus vastes domaines de l’ordre militaire, et les surpassèrent même en richesses et en population. Aussi long-temps que les empereurs conservèrent la prérogative de nommer à ces bénéfices ecclésiastiques et laïques, la reconnaissance ou l’ambition de leurs amis et de leurs favoris soutint le parti de la cour ; mais lors de la querelle des investitures, ils furent privés de leur influence sur les chapitres épiscopaux ; les élections redevinrent libres, et par une sorte de dérision solennelle, le souverain se trouva réduit à ses premières prières, c’est-à-dire au droit de recommander une fois durant son règne à une prébende de chaque