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ou des provinces, les comtes des petits districts et les margraves des Marches ou frontières, se partagèrent l’empire de Charlemagne et d’Othon, et réunirent l’autorité civile et militaire telle qu’elle avait été déléguée aux lieutenans des premiers Césars. Les gouverneurs romains, soldats de fortune pour la plupart, séduisirent leurs mercenaires légions ; ils prirent la pourpre impériale, et échouèrent ou réussirent dans leur révolte sans porter atteinte au pouvoir et à l’unité du gouvernement. Si les ducs, les margraves et les comtes de l’Allemagne, furent moins audacieux dans leurs prétentions, les résultats de leurs succès furent plus durables et plus funestes à l’état. Au lieu d’aspirer au rang suprême, ils travaillèrent en secret à établir leur indépendance sur le territoire qu’ils occupaient. Leurs projets ambitieux furent favorisés par le nombre de leurs domaines et de leurs vassaux, l’exemple et l’appui qu’ils se donnaient mutuellement, l’intérêt commun de la noblesse subordonnée, le changement des princes et des familles, la minorité d’Othon III et celle de Henri IV, l’ambition des papes et la vaine persévérance des empereurs à poursuivre les couronnes fugitives de l’Italie et de Rome. Les commandans des provinces usurpèrent peu à peu tous les attributs de la juridiction royale et territoriale, les droits de paix et de guerre, de vie et de mort, celui de battre monnaie et de mettre des impôts, de contracter des alliances au dehors, et d’administrer l’intérieur. Toutes les usurpations de la violence furent ratifiées par