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commandaient aux Italiens, et durant l’implacable discorde de la faction des Gibelins et de celle des Guelfes, les premiers s’attachèrent à l’empereur, tandis que les seconds arborèrent la bannière de la liberté et de l’Église. La cour de Rome, dans un moment de sommeil, avait permis à Henri VI de réunir à l’empire les royaumes de Naples et de Sicile ; et Frédéric II son fils tira de ces états héréditaires de grandes ressources en soldats et en argent. Cependant il fut enfin accablé par les armes des Lombards et les foudres du Vatican ; son royaume fut donné à un étranger, et le dernier de sa race fut publiquement décapité sur un échafaud dans la ville de Naples. Il y eut un intervalle de soixante ans, durant lequel on ne vit point d’empereur en Italie, et on ne se souvint de ce nom que par la vente ignominieuse des derniers restes de la souveraineté.

Indépendance des princes d’Allemagne. A. D. 814-1250, etc.

Les Barbares, vainqueurs de l’Occident, se plaisaient à donner à leur chef le titre d’empereur ; mais ils n’avaient nullement le projet de le revêtir du despotisme de Constantin et de Justinien. La personne des Germains était libre, leurs conquêtes leur appartenaient, et l’énergie qui formait leur caractère national méprisait la servile jurisprudence de l’ancienne et de la nouvelle Rome. C’eût été une entreprise dangereuse et inutile que de vouloir imposer le joug d’un monarque à des citoyens armés qui ne pouvaient souffrir un magistrat, à des hommes audacieux qui refusaient d’obéir, et à des hommes puissans qui voulaient commander. Les ducs des nations