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sauvages voraces et brutaux, et l’outrage que je viens de recevoir est le commencement de votre servitude[1]. » On sonna le tocsin ; tous les quartiers de la ville coururent aux armes : les Bourguignons se retirèrent honteusement et à pas précipites : Albéric vainqueur emprisonna sa mère Marozia, et réduisit son frère, le pape Jean XI, à l’exercice de ses fonctions spirituelles. Il gouverna Rome plus de vingt ans avec le titre de prince ; on dit que, pour flatter les préjugés du peuple, il rétablit l’office, ou du moins le nom des consuls et des tribuns. Octavien, son fils et son héritier, prit avec le pontificat le nom de Jean XII : harcelé par les princes lombards, ainsi que son prédécesseur, il chercha un défenseur capable de délivrer l’Église et la république, et la dignité impériale devint la récompense des services d’Othon ; mais le Saxon était impérieux, et les Romains étaient impatiens. La fête du couronnement fut troublée par les débats secrets qu’excitaient d’un côté la jalousie du pouvoir, et de l’autre les inquiétudes de la liberté ; Othon, craignant d’être attaqué et massacré au pied de l’autel, ordonna à son porte--

  1. Romanorum aliquando servi, scilicet Burgundiones, Romanis imperent ?… Romanæ urbis dignitas ad tantam est stultitiam ducta, ut meretricum etiam imperio pareat ? (Luitprand, l. III, c. 12, p. 450.) Sigonius (l. VI, p. 400) assure, d’une manière positive, qu’on rétablit le consulat ; mais, dans les vieux auteurs, Albéric est appelé plus souvent princeps Romanorum.