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qu’en plaisantant ; mais nous voyons, avec quelque surprise, ce digne petit-fils de Marozia vivre publiquement en adultère avec les matrones de Rome ; le palais de Latran changé en une école de prostitution, et les attentats du pape, contre la pudeur des vierges et des veuves, empêchant les femmes de se rendre en pèlerinage au tombeau de saint Pierre, où elles auraient bien pu, dans cet acte de dévotion, être violées par son successeur[1]. Les protestans ont insisté, avec un plaisir malin, sur ces traits de ressemblance avec l’antechrist ; mais aux yeux d’un philosophe, les vices du clergé sont beaucoup moins dangereux que ses vertus. Après de longs scandales, le siége apostolique fut purifié et relevé par l’austérité et le zèle de Grégoire VII. [Réforme et prétentions de l’Église. A. D. 1073, etc.]Ce moine ambitieux s’occupa toute sa vie de l’exécution de deux projets, dont le premier était de fixer, dans le collége des cardinaux, la liberté et l’indépendance de l’élection du pape, et de l’affranchir à jamais de l’influence, doit légitime, soit usurpée, des empereurs et du peuple romain ; le second objet de toute sa conduite, fut de parvenir à donner et à reprendre l’Empire

  1. Lateranense palatium… prostibulum meretricum… Testis omnium gentium, præter quam Romanorum, absentia mulierum, quæ sanctorum apostolorum limina orandi gratiâ timent visere, cum nonnullas ante dies paucos, hune audierint conjugatas viduas, virgines VI oppressisse. (Luitprand, Hist., l. VI, c. 6, p. 471. Voyez aussi ce qui a rapport à la conduite et au libertinage de Jean XII, p. 471-476)