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leurs amans, et leur règne[1] a pu faire naître[2], dans les siècles d’ignorance, la fable[3] d’une pa-

  1. L’époque où l’on place la papesse Jeanne (papissa Johanna) est un peu antérieure à celle de Théodora et de Marozia ; et les deux années de son règne imaginaire sont insérées entre Léon IV et Benoît III ; mais Anastase, leur contemporain, établit d’une manière indubitable que l’élévation de Benoît suivit immédiatement la mort de Léon (illico, mox., p. 247). L’exacte Chronologie de Pagi, de Muratori et de Leibnitz, fixe ces deux événemens à l’année 857.
  2. Les auteurs qui soutiennent qu’il y a eu une papesse Jeanne, produisent cent cinquante témoins, ou plutôt cent cinquante échos du quatorzième, du quinzième et du seizième siècle. En multipliant ainsi les témoignages, ils fournissent une preuve contre eux et contre la Légende, puisqu’ils prouvent à quel point il eût été impossible que cette histoire si curieuse n’eût pas été répétée par les écrivains de tous les genres, à qui elle aurait dû être parfaitement connue. Un fait si récent aurait fait une double impression sur ceux du neuvième et du dixième siècle. Photius aurait-il négligé une pareille accusation ? Luitprand aurait-il oublié un pareil scandale ? Ce n’est pas la peine de discuter les diverses leçons de Martinus Polonus, de Sigebert de Gemblours, ou même de Marianus Scotus ; mais le passage de la papesse Jeanne, inséré par surprise dans quelques manuscrits et éditions du romain Anastase, est d’une fausseté palpable.
  3. Cette histoire doit être regardée comme fausse, mais non pas comme incroyable. Supposons que le fameux chevalier français (Mlle d’Éon), qui de nos jours a fait tant de bruit, fût né en Italie, et qu’il eût été élevé dans l’Église, le mérite ou la fortune aurait pu l’élever sur le trône de