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nèrent à leur chancelier l’évêché de Rome, ainsi que les évêchés de Cologne et de Bamberg ; et quel que fût le mérite d’un Français ou d’un Saxon, son nom prouve assez l’intervention d’une puissance étrangère. Les inconvéniens d’une élection populaire excusaient, d’une manière spécieuse, ces actes d’autorité. [Désordres.]Le compétiteur exclu par les cardinaux en appelait aux passions ou à l’avarice de la multitude : des meurtres souillèrent le Vatican et le palais de Latran ; et les sénateurs les plus puissans, les marquis de Toscane et les comtes de Tuscule, tinrent le siége apostolique dans une longue servitude. Les papes des neuvième et dixième siècles furent insultés, emprisonnés et assassinés par leurs tyrans ; et lorsqu’on les dépouillait des domaines qui dépendaient de leur Église, telle était leur indigence, que non-seulement ils ne pouvaient pas soutenir l’état d’un prince, mais qu’ils ne pouvaient pas même exercer la charité d’un prêtre[1]. Le crédit qu’eurent alors deux sœurs prostituées, Marozia et Théodora, était fondé sur leurs richesses et sur leur beauté, sur leurs intrigues amoureuses ou politiques : la mitre romaine était la récompense des plus infatigables de

  1. L’Histoire et la Légation de Luitprand (voy. p. 440-450, 471-476, 479, etc.) peignent avec force l’oppression et les vices du clergé de Rome au dixième siècle : il est assez bizarre de voir Muratori adoucissant les invectives de Baronius contre les papes ; mais il faut observer que ces papes avaient été choisis non par des cardinaux, mais par des laïques.