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les fidèles vassaux et les confédérés des Francs ; et leur pays comprenait le territoire de l’Alsace, de la Souabe et de la Suisse. Les Bavarois, à qui on laissait aussi leurs lois et leurs mœurs, souffraient un maître avec plus d’impatience : les trahisons multipliées de leur duc Tasille, légitimèrent l’abolition de la souveraineté héréditaire, et le pouvoir des ducs fut partagé entre les comtes chargés à la fois de garder cette importante frontière et d’y exercer les fonctions de juges. Mais la partie du nord de l’Allemagne, qui s’étend du Rhin au-delà de l’Elbe, était toujours ennemie et païenne : ce ne fut qu’après une guerre de trente-trois ans que les Saxons embrassèrent le christianisme et furent soumis à Charlemagne. On détruisit les idoles et leurs adorateurs : la fondation des évêchés de Munster, d’Osnabruck, de Paderborn, de Minden, de Brême, de Verden, de Hildesheim et d’Halberstadt, marquent des deux côtés du Weser les bornes de l’ancienne Saxe : ces évêchés formèrent les premières écoles et les premières villes de cette terre sauvage ; et la religion et l’humanité qu’on sut inspirer aux enfans, expièrent en quelque sorte le massacre des pères. Au-delà de l’Elbe, les Slaves ou Sclavons, peuple de mœurs uniformes, bien que sous différentes dénominations, occupaient le territoire qui forme aujourd’hui la Prusse, la Pologne et la Bohême ; et quelques marques passagères d’obéissance ont engagé les historiens français à prolonger l’empire de Charlemagne jusqu’à la Baltique et à la Vistule. La conquête ou la conversion de ces pays