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fut orné des symboles du martyre, et le patriarche monta en chaire pour célébrer la grandeur d’âme d’un assassin et d’un rebelle. De pareils honneurs durent exciter les fidèles à combattre et à mourir sous les bannières du saint ; et saint Cyrille encouragea bientôt ou accepta le sacrifice d’une vierge qui professait la religion des Grecs, et qui avait avec Oreste des liaisons d’amitié. Hypatia, fille du mathématicien Théon[1], était versée dans les sciences cultivées par son père ; ses savans Commentaires ont jeté du jour sur la géométrie d’Apollonius et de Diophante, et elle enseignait publiquement à Athènes et à Alexandrie la philosophie de Platon et d’Aristote. Cette fille modeste, joignant à tout l’éclat de la beauté toute la maturité de la sagesse, se refusait aux prières des amans et se bornait à instruire ses disciples. Les personnes les plus illustres par leur rang et par leur mérite la recherchaient avec empressement ; et saint Cyrille voyait d’un œil jaloux la troupe pompeuse de chevaux et d’esclaves qui environnaient la porte de son académie.

  1. Voy. sur Théon et sa fille Hypatia, Fabricius (Bibl., t. VIII, p. 210, 211). Son article dans le Lexicon de Suidas est fort curieux et très-original. Hesychius (Meursii opera, t. VII, p. 295, 296) observe que cette fille fut persécutée δια την υπερβαλλο‍υσαν σοφιαν ; et une épigramme de l’anthologie grecque (l. I, c. 76, p. 169, édit. Brodæi) vante ses lumières et son éloquence. L’évêque philosophe Synèse, son ami et son disciple, en parle d’une manière honorable. (Epist. 10, 15, 16, 33, 80, 124, 135, 153.)