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tenu les éloges des historiens et des philosophes d’un siècle éclaire[1]. La barbarie du siècle et de la nation du milieu desquels il s’est élevé, ajoute sans doute à son mérite réel ; mais les objets tirent aussi une grandeur apparente de la petitesse de ceux qui les environnent, et les ruines de Palmyre doivent beaucoup de leur éclat à la nudité du désert. Je puis sans injustice faire remarquer quelques taches sur la sainteté et la grandeur du restaurateur de l’empire d’Occident. La continence n’est pas la plus brillante de ses vertus morales[2] : au reste, neuf femmes ou concubines, d’autres amours moins relevées et moins durables, la multitude de ses bâtards, qu’il plaça tous dans l’ordre ecclésiastique, le long célibat et les mœurs licencieuses de ses filles[3], qu’il semble avoir trop

  1. Mably (Observ. sur l’Hist. de France), Voltaire (Hist. générale), Robertson (Hist. de Charles-Quint) et Montesquieu (Espr. des Lois, l. XXXI, c. 28) ont donné de grands éloges à Charlemagne. M. Gaillard a publié en 1782 l’histoire de ce prince (4 vol. in-12), qui m’a été fort utile, et dont j’ai usé librement. L’auteur est judicieux et humain, et son ouvrage est élégant et soigné. Au reste, j’ai examiné aussi les monumens originaux des règnes de Pépin et de Charlemagne dans le cinquième volume des Historiens de France.
  2. La vision de Weltin, composée par un moine, onze ans après la mort de Charlemagne, le montre dans le Purgatoire, où un vautour lui déchire l’organe de ses criminels plaisirs, en respectant toutes les autres parties de son corps, emblèmes de ses vertus. (Voyez Gaillard, t. II, p. 317-360.)
  3. Le mariage d’Éginhard avec Emma, fille de Char-