Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/343

Cette page a été validée par deux contributeurs.


trouble, soit remords, ils manquèrent leur entreprise. Léon, laissé pour mort sur la place, étant revenu de l’évanouissement causé par la perte de son sang, recouvra la parole et la vue ; et sur cet événement naturel, on a fabriqué l’histoire miraculeuse de la restauration de ses yeux et de sa langue, dont l’avait privé deux fois le fer des assassins[1]. Il s’échappa de sa prison et se réfugia au Vatican ; le duc de Spolette vola à son secours ; Charlemagne fut indigné de cet attentat, et soit invité par lui, soit de son propre mouvement, le pontife de Rome alla le trouver dans son camp de Paderborn en Westphalie. Léon repassa les Alpes avec une escorte de comtes et d’évêques qui devaient défendre sa personne et prononcer sur son innocence ; et ce ne fut pas sans regret que le vainqueur des Saxons différa jusqu’à l’année suivante d’aller lui-même remplir à Rome ce pieux devoir. Charlemagne se rendit en effet à Rome pour la quatrième et dernière fois ; il y fut reçu avec les honneurs dus au roi des Francs et au patrice de

  1. Anastase (t. III, p. 197, 198) le dit positivement, et quelques annalistes français le croient aussi ; mais Éginhard et d’autres écrivains du même siècle sont plus raisonnables ou de meilleure foi. « Unus et oculus paululum est læsus », dit Jean, diacre de Naples. (Vit. episcop. Napol., in Scriptores Muratori, t. I, part. II, p. 312.) Un contemporain, Théodulphe, évêque d’Orléans, observe avec prudence (l. III, carmine 3) :

    Reddita sunt ? mirum est : mirum est auferre nequisse.
    Est tamen in dubio, hinc mirer aut inde magis.