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étaient alors orthodoxes ; mais le monarque régnant pouvait infecter leur religion de son souffle : les Francs se montraient rebelles ; mais un œil pénétrant pouvait démêler qu’ils passeraient bientôt de l’usage au culte des images. Le nom de Charlemagne portait la tache du fiel polémique répandu par ses écrivains ; mais, quant à ses opinions personnelles, le vainqueur se conformait, avec la souplesse d’un homme d’état, aux diverses idées de la France et de l’Italie. Dans ses quatre pèlerinages ou visites au Vatican, il avait paru uni avec les papes d’affection et de croyance ; il s’était agenouillé devant le tombeau et par conséquent devant l’image de saint Pierre, et avait pris part sans scrupule à toutes les prières et à toutes les processions de la liturgie romaine. La sagesse et la reconnaissance ne s’opposaient-elles pas à ce que les pontifes de Rome s’éloignassent de leur bienfaiteur ? avaient-ils le droit d’aliéner l’exarchat qu’ils en avaient reçu ? avaient-ils le pouvoir d’abolir à Rome son gouvernement ? Le titre de patrice était au dessous du mérite et de la grandeur de Charlemagne ; le seul moyen pour eux de s’acquitter de ce qu’ils lui devaient ou d’assurer leur position était de rétablir l’empire d’Occident. Cette opération décisive allait anéantir à jamais les prétentions des Grecs ; Rome allait sortir de l’humiliant état de ville

    t. VIII, p. 1598.) Il ajoute une raison directement opposée à sa conduite ; il dit qu’il préfère aux biens de ce monde périssable, le salut des âmes et la règle de la foi.