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temporains furent étonnés de son audace sacrilége ; mais tel est le progrès silencieux et irrésistible de la raison, qu’avant la fin de la génération suivante, cette fable était rejetée avec mépris par les historiens[1] et les poètes[2], et par la censure tacite ou modérée des défenseurs de l’Église de Rome[3]. Les papes eux-mêmes se sont permis de sourire de la crédulité publique[4] ; mais ce titre, supposé et tombé en

  1. Voyez Guichardin, serviteur des papes, dans cette longue et précieuse digression, qui a repris sa place dans la dernière édition très-correcte publiée d’après le manuscrit de l’auteur, et imprimée en quatre volumes in-4o, sous le nom de Fribourg, 1775. (Istorla d’Italia, t. I, p. 385-395.)
  2. Le paladin Astolphe retrouva cet acte dans la lune, parmi les choses qui s’étaient perdues sur la terre (Orlando Furioso, XXXIV, 80.)

    Di vari fiori ad un gran monte passa,
    Ch’ebbe gia buono odore, or puzza forte ;
    Questo era il dono (se pero dir lece)
    Che Costantino al buon Silvestro fece.

    Toutefois une bulle du pape Léon X a approuvé ce poème incomparable.
  3. Voy. Baronius, A. D. 824, nos 117-123 ; A. D. 1191, no 51, etc. Il voudrait supposer que Constantin offrit Rome à Sylvestre, et que ce pape le refusa. Il a une idée assez étrange de l’acte de donation ; il le regarde comme ayant été fabriqué par les Grecs.
  4. « Baronius n’en dit guère contre ; encore en a-t-il trop dit, et l’on voulait sans moi (cardinal du Perron) qui l’empêchai, censurer cette partie de son histoire. J’en devisai un jour avec le pape, et il ne me répondit autre chose :