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une nouvelle capitale en Orient, et avait abandonné aux papes l’entière et perpétuelle souveraineté de Rome, de l’Italie et des provinces de l’Occident[1]. Cette fiction produisit les effets les plus avantageux. Les princes grecs furent convaincus d’usurpation, et la révolte de Grégoire ne fut plus considérée que comme l’acte par lequel il rentrait dans ses droits sur un héritage qui lui appartenait légitimement : les papes se trouvèrent affranchis de la reconnaissance, puisque l’apparente donation n’était plus que la juste restitution d’une modique portion de l’état ecclésiastique. La souveraineté de Rome ne dépendait plus du choix d’un peuple volage ; et les successeurs de saint Pierre et de Constantin se virent revêtus de la pourpre et des droits des Césars. Telles étaient l’ignorance et la crédulité de ce siècle, que la plus absurde des fables fut accueillie avec respect et dans la Grèce et dans la France, et qu’elle se trouve encore parmi les décrets de la loi canonique[2]. Ni les empereurs

  1. Fabricius (Bibl. græc., t. VI, p. 4-7) a indiqué les différentes éditions de cet acte en grec et en latin. La copie que rapporte Laurent Valla, et qu’il réfute, paraît avoir été faite sur les actes supposés de saint Sylvestre, ou sur le décret de Gratien, auquel, selon lui et les autres écrivains, on l’a ajouté d’une manière subreptice.
  2. C’est en 1059 que, selon l’opinion du pape Léon IX et du cardinal Pierre Damien (était-ce bien leur opinion ?), Muratori (Annali d’Italia, tom. IX, p. 23, 24) place les prétendues donations de Louis-le-Pieux, d’Othon, etc. (De Donatione Constantini. Voyez une Dissertation de Natalis Alexander, seculum 4, Dissert. 25, p. 335-350.)