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lui-même et dépouilla l’empereur grec des villes et des îles autrefois dépendantes de l’exarchat. Mais lorsqu’il fut loin de l’Italie et qu’il réfléchit plus froidement sur ce qu’il avait fait, il vit d’un œil de jalousie et de méfiance la grandeur nouvelle de son allié ecclésiastique. Il éluda d’une manière respectueuse l’exécution de ses promesses et de celles de son père ; le roi des Francs et des Lombards fit valoir les droits inaliénables de l’empire, et durant sa vie ainsi qu’au moment de sa mort, Ravenne[1] et Rome furent toujours comptées au nombre de ses villes métropolitaines. La souveraineté de l’exarchat s’évanouit entre les mains des papes. Ils trouvèrent dans l’archevêque de Ravenne un rival dangereux[2] : les nobles et le peuple dédaignèrent le joug d’un prêtre ; et au milieu des désordres de ce temps, les pontifes de Rome ne purent garder que le souvenir d’une ancienne prétention qu’ils ont renouvelée avec succès à une époque plus favorable.

Fabrication de la donation de Constantin.

La fraude est la ressource de la faiblesse et de l’astuce, et des Barbares puissans, mais ignorans, furent

  1. Charlemagne demanda les mosaïques du palais de Ravenne à Adrien Ier à qui elles appartenaient ; il les obtint : il voulait en décorer Aix-la-Chapelle (Codex Carol., epist., 67, p. 223).
  2. Les papes se plaignent souvent des usurpations de Léon de Ravenne (Codex Carol., epist. 51, 52, 53, p. 200-205). Si corpus S. Andreæ, fratris Germani S. Petri, hic humasset, nequaquam nos romani pontifice sic subjugassent (Agnellus, Liber pontificalis, in Script. rerum ital., t. II, part. I, p. 107).