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vit pour la première fois un évêque chrétien revêtu des prérogatives d’un prince temporel, du droit de nommer des magistrats, de faire exercer la justice, d’imposer des taxes, et de disposer des richesses du palais de Ravenne. Lors de la dissolution du royaume des Lombards, les habitans du duché de Spolette[1] cherchèrent un refuge contre l’orage ; ils coupèrent leurs cheveux selon l’usage des Romains, se déclarèrent serviteurs et sujets de saint Pierre, et par cette reconnaissance volontaire, ils achevèrent l’arrondissement actuel de l’état ecclésiastique. Ce cercle mystérieux prit une étendue indéfinie par la donation verbale ou écrite de Charlemagne[2], qui dans les premiers transports de sa victoire, se dépouilla

  1. Spoletini deprecati sunt, ut eos in servitio B. Petri reciperet et more Romanorum tonsurari faceret (Anastase, p. 185) ; mais on peut demander s’ils donnèrent leur personne ou leur pays.
  2. Saint-Marc (Abregé, t. I, p. 390-408), qui a bien étudié le Codex Carolinus, examine avec soin quelle fut la politique et quelle fut la donation de Charlemagne. Je crois avec lui que cette donation ne fut que verbale. Le plus ancien acte de donation qu’on allègue est celui de l’empereur Louis-le-Pieux (Sigonius, De regno Italiæ, l. IV, Opera, t. II, p. 267-270). On doute beaucoup de son authenticité, ou du moins de son intégrité (Pagi, A. D. 817, no 7, etc. ; Muratori, Annali, t. VI, p. 432, etc. ; Dissertat, chorographica, p. 33, 34) ; mais je ne trouve dans les auteurs aucune objection raisonnable fondée sur la manière dont ces princes disposaient librement de ce qui ne leur appartenait pas.