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aux nobles de la république ou aux patriciens désignés par le titre fictif de pères de l’empereur. Lorsque Julien eut reconquis l’Italie et l’Afrique, l’importance de ces provinces éloignées et les dangers auxquels elles étaient exposées, obligèrent d’y établir un magistrat suprême, résidant sur les lieux ; on le nommait indifféremment exarque ou patrice, et ces gouverneurs de Ravenne, qui tiennent leur place dans la chronologie des princes, étendaient leur juridiction sur la ville de Rome. Depuis la révolte de l’Italie et la perte de l’exarchat, la détresse des Romains avait exigé, à certains égards, le sacrifice de leur indépendance ; mais dans cet acte, ils exerçaient encore le droit de disposer d’eux-mêmes, et les décrets du sénat et du peuple revêtirent successivement Charles Martel et sa postérité des honneurs de patrice de Rome. Les chefs d’une nation puissante auraient dédaigné des titres serviles et des fonctions subordonnées ; mais le règne des empereurs grecs était suspendu, et durant la vacance de l’empire, ils obtinrent du pape et de la république une mission plus glorieuse. Les ambassadeurs romains présentèrent à ces patrices les clefs de l’église de Saint-Pierre, pour gage et pour symbole de souveraineté ; ils reçurent en même temps une bannière sainte qu’ils pouvaient et qu’ils devaient déployer pour la défense de l’Église et de la ville[1]. Au

  1. Les défenseurs du pape peuvent adoucir la signification symbolique de la bannière et des clefs ; mais les mots