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héréditaire, divisaient depuis long-temps les différens quartiers de la ville de Ravenne[1] ; ces factions trouvèrent un nouvel aliment dans la controverse religieuse qui s’élevait alors ; mais les partisans des images avaient la supériorité du nombre ou de la valeur, et l’exarque, qui voulut arrêter le torrent, perdit la vie dans une sédition populaire. Pour punir cet attentat et rétablir sa domination en Italie, l’empereur envoya une escadre et une armée dans le golfe Adriatique. Long-temps retardés par les vents et les flots qui leur causèrent beaucoup de dommage, les Grecs débarquèrent enfin aux environs de Ravenne ; ils menacèrent de dépeupler cette coupable ville, et d’imiter, peut-être de surpasser Justinien II, qui ayant eu jadis à punir une rebellion, avait livré aux bourreaux cinquante des principaux habitans. Les femmes et le clergé priaient sous le sac et la cendre, les hommes étaient en armes pour la défense de leur pays ; le péril commun avait réuni les factions, et ils aimèrent mieux risquer une bataille que s’exposer aux longues misères d’un siége. On com-

  1. Voyez le Liber pontificalis d’Agnellus (dans les Scriptores rerum italicarum de Muratori, t. II, part. I). On aperçoit dans cet écrivain une teinte de barbarie plus forte ; d’où il résulte que les mœurs de Ravenne étaient un peu différentes de celles de Rome. Au reste, nous lui devons quelques faits curieux sur les événemens particuliers à cette ville. Il nous fait connaître les quartiers et les factions de Ravenne (p. 154), la vengeance de Justinien II (p. 160, 161), la défaite des Grecs (p. 170, 171), etc.