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leur alphabet à la tête. » Après ce décent exorde, le pape essaie d’établir la distinction ordinaire entre les idoles de l’antiquité et les images du christianisme. « Les idoles, dit-il, sont des figures imaginaires attribuées à des fantômes et des démons, dans un temps où le vrai Dieu n’avait pas manifesté sa personne sous une forme visible ; les images sont les véritables formes de Jésus-Christ, de sa mère et de ses saints, qui ont prouvé, par une foule de miracles, l’innocence et le mérite de ce culte relatif » Il faut qu’en effet il ait bien compté sur l’ignorance de Léon, pour lui soutenir que, depuis le temps des Apôtres, les images ont toujours été en honneur, et qu’elles ont sanctifié de leur présence les six conciles de l’Église catholique. Il tire, de la possession du moment et de la pratique actuelle, un argument plus spécieux ; il prétend que l’harmonie du monde chrétien ne rend plus un concile général nécessaire ; et il a la franchise d’avouer que ces assemblées ne peuvent être utiles que sous le règne d’un prince orthodoxe. S’adressant ensuite à l’impudent, à l’inhumain Léon, bien plus coupable qu’un hérétique, il lui recommande la paix, le silence, et une soumission implicite à ses guides spirituels de Constantinople et de Rome. Il fixe les bornes de la puissance civile et de la puissance ecclésiastique ; il assujettit le corps à la première, et l’âme à la seconde ; il établit que le glaive de la justice est entre les mains du magistrat ; qu’un glaive plus formidable, celui de l’excommunication, appartient au clergé ; que, dans l’exercice de cette divine