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funeste à la vérité ainsi qu’au salut. Les deux partis montraient la même inquiétude, la même ardeur à maintenir et défendre l’union et la distinction des deux natures, et à inventer les formules et les symboles de doctrine les moins susceptibles de doute ou d’équivoque. Arrêtés par la pauvreté des idées et celle du langage, ils mettaient à contribution l’art de la nature pour leur fournir toutes les comparaisons possibles ; et chacune de ces comparaisons employées à représenter un mystère incomparable, devenait pour leur esprit la source d’une nouvelle erreur. Sous le microscope polémique, un atome prend la taille d’un monstre, et les deux partis se montraient habiles à exagérer les conséquences absurdes ou impies qu’on pouvait tirer des principes de leurs adversaires. Afin d’échapper les uns aux autres, ils se jetaient en des routes obscures et détournées, jusqu’au moment où ils apercevaient avec effroi les horribles fantômes de Cérinthe et d’Apollinaire, qui gardaient les issues opposées du labyrinthe théologique. À peine entrevoyaient-ils la lumière encore douteuse d’une explication prête à les faire tomber dans l’hérésie, qu’ils tressaillaient ; on les voyait revenir sur leurs pas et se précipiter de nouveau dans les ténèbres d’une orthodoxie impénétrable. Afin de se disculper du crime ou du reproche d’une coupable erreur, ils expliquaient leurs principes ; ils en désavouaient les conséquences, ils s’excusaient de leurs indiscrétions, et prononçaient d’une voix unanime les mots de concorde et de foi. Mais une étincelle presque