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militaire pour éteindre l’enthousiasme du peuple. Les nombreuses îles de l’Archipel, qu’on nommait la mer Sainte, étaient remplies d’images et de moines ; les habitans abjurèrent sans scrupule leur fidélité envers un ennemi de Jésus-Christ, de sa mère et des saints ; ils armèrent une flottille de bateaux et de galères, déployèrent leurs bannières sacrées, et marchèrent hardiment vers le port de Constantinople, afin de placer sur le trône un homme plus agréable à Dieu et au peuple. Ils comptaient sur des miracles ; mais ces miracles ne purent résister au feu grégeois ; et après la déroute et l’incendie de leurs navires, leurs îles sans défense furent abandonnées à la clémence ou à la justice du vainqueur. Le fils de Léon avait entrepris, la première année de son règne, une expédition contre les Sarrasins ; et durant son absence, son parent Artavasdes, ambitieux défenseur de la foi orthodoxe, s’était emparé de la capitale, du palais et de la pourpre. On rétablit en grande pompe le culte des images, le patriarche renonça à la dissimulation qu’il s’était imposée, ou dissimula les sentimens qu’il avait adoptés ; et les droits de l’usurpateur furent reconnus dans la nouvelle et dans l’ancienne Rome. Constantin se réfugia sur les montagnes où ses aïeux avaient reçu le jour ; mais il descendit à la tête de ses braves et fidèles Isauriens, et, dans une victoire décisive, il triompha des troupes et des prédictions des fanatiques ; la longue durée de son règne fut continuellement troublée par des clameurs, des séditions, des conspirations, une haine mutuelle et